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« Lorsqu'il commence à jouer de la bîn, lorsque les notes qui s'en dégagent dévoilent leurs sortilèges, l'assemblée entre dans un état second. »
A cette époque lumineuse (nous sommes en 1737), un jeune noble venu du sud de l'État du Madhya Pradesh témoigne ainsi du raffinement musical des musiciens traditionnels de l'Inde. Dargah Quli Khan évoque la sonorité envoûtante d'un luth dont les origines remontent au V` siècle.
Aujourd'hui la bîn, autrement appelée veena ou vina, sorte de sitar sur tube dont la forme n'a pratiquement pas changé, est presque tombée en désuétude.
Pourtant, Raghunath Manet, célèbre chorégraphe indien, danseur, compositeur et fin musicien s'est emparé de la tradition pour l'honorer et la présenter à de grands serviteurs de la musique et de la danse. Archie Shepp, Michel Portal, Didier Lockwood ou Carolyn Carlson ont cédé au charme de cet étrange instrument composé d'un tube en bois léger auquel sont accrochées deux sphères de résonance.
Sur le tube jalonné par des frettes sont tendues de fines cordes métalliques. Les doigts glissent, pincent ou frappent les cordes, ouvrant de vas tes étendues musicales souvent proches de la voix humaine.
Voilà pourquoi lorsque Raghunath Manet se met à sculpter le son avec sa propre voix, on peut affirmer qu'il converse avec l'instrument.
Les ragas - " ce qui affecte ou ce qui colorie l'esprit et qui procure du plaisir", selon la racine sanscrite du mot - qu'il enchaîne dans son der nier opus, Veena Dreams, s'installent dans le temps : de 4 minutes pour les pièces brèves à 17 minutes pour la plus longue.
Cet album est un voyage méditatif apaisant, qui permet en outre de dé couvrir, si on ne le connaît pas, le timbre élégant de la veena.
Catherine BELIN Veena Dreams, Raghunath Manet (Harmonia Mundi).
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